Les connecteurs EN 362
Généralités sur les connecteurs de sécurité
Les mousquetons de sécurité, appelés plus techniquement « connecteurs » sont régis dans les travaux en hauteur par la norme EN 362 et servent à connecter les EPI ensemble depuis l’ancrage jusqu’au système antichute sur le harnais.
Ils sont énormément utilisés dans les travaux en hauteur et possèdent de très nombreuses formes, éléments de verrouillage du doigt et usages.
Les connecteurs simples, c’est-à-dire sans système de verrouillage du doigt, sont interdits dans les travaux en hauteur et seuls ceux munis d'un système de verrouillage sont autorisés pour le travail en hauteur.
A l’exception des connecteurs semi-permanents type maillon rapide, la plupart des mousquetons sont composés, d’un corps avec, à une extrémité, un nez et à l’autre extrémité, un doigt articulé (appelé aussi fermoir) muni d’un ressort acier pour qu'il se ferme automatiquement. Dans le cas d’une version verrouillable, une bague sera glissée sur le doigt pour empêcher son ouverture involontaire.
Les mousquetons sont majoritairement conçus pour fonctionner dans un seul axe et en position doigt fermé voir verrouillé. Seuls certains mousquetons très spécifiques autorisent un travail sur plusieurs axes (Omni de Petzl) et d’autres ne possèdent pas de doigt se crochetant sur le corps pour créer la résistance de l’ensemble (MGO Open Petzl) garantissant une sécurité doigt ouvert.
La résistance des mousquetons traditionnels dans de mauvaises situations d’usage comme dans un mauvais axe, doigt ouvert, mais également petit axe est dangereusement diminuée.
Il faudra donc toujours être très vigilant au positionnement des mousquetons sur les ancrages et appareils afin de toujours éviter les ouvertures intempestives, les porte à faux, l’encombrement des appareils à l’intérieur du mousqueton…
Les spécificités des mousquetons de sécurité
Les différentes matières
Il existe 2 types de matières, en alliage d’aluminium et en acier.
- L’alliage d’aluminium est de loin la matière la plus utilisée, car sa légèreté et sa faible sensibilité à la corrosion en font le matériel préféré des fabricants et utilisateurs.
- L’acier, quant à lui, est plus lourd et plus sensible à l’oxydation. Néanmoins sa très grande résistance et son prix économique, en font pour certains chantiers ou usages, un allié de poids.
Comment sont fabriqués les mousquetons de sécurité ?
Forge à froid ou à chaud ?
La forge est le procédé qui façonne une pièce métallique solide par compression. Pour forger un mousqueton à froid ou à chaud, dans tous les cas on partira d’une barre cylindrique et métallique, que ce soit de l’acier ou un alliage d’aluminium.
Forgeage à chaud (également appelée matriçage) : la barre métallique après avoir été mise en forme est chauffée à très haute température puis mise en place entre 2 matrices et enfin mise sous pression à l’aide d’une presse. La pression remplit l’empreinte de la matrice jusqu’à pousser le métal excédentaire dans ce qu'on appelle la bavure. Ensuite il faudra enlever cette bavure, puis beaucoup polir le mousqueton jusqu’à sa forme définitive avant d’assembler le doigt, le ressort et la bague de sécurité. La forge à chaud va permettre de faire un mousqueton aux formes très travaillées de type H par exemple et proche de la 3 D.
Forgeage à froid : la barre métallique après avoir été mise en forme, n’est pas chauffée mais directement insérée entre 2 matrices. La pression chauffe le mousqueton mais de façon plus faible que la forge à chaud (environ 150° pour le forgeage à froid, contre 1250° pour le forgeage à chaud de l’acier). Donc même si ce procédé est nommé forgeage à froid, il ne l’est pas vraiment sauf à le comparer au forgeage à chaud qui se pratique à des températures extrêmement élevées.
Dans le forgeage à froid, il n’y a pas de bavure à enlever, juste un faible polissage, le travail est plus simple et plus économique. En revanche la forme du mousqueton sera plus simple sans beaucoup de détails.
Pour conclure, le forgeage à chaud améliore la résistance intrinsèque du métal et sa ductilité (capacité à s’allonger avant sa rupture), permet des formes spéciales (type H par exemple) qui améliore encore sa résistance et sa légèreté par sa forme. Néanmoins il nécessite plus de travail de finition et sera donc plus cher.
Le forgeage à froid lui est plus économique à fabriquer, car il est sans chauffe préalable, ni finition complexe. En revanche le mousqueton sera de forme plus simple et souvent plus lourd.
La tendance actuelle est aux mousquetons forgés à chaud afin de leur donner à la fois plus de résistance, pour un moindre poids.
Les différentes formes
Chaque forme a son utilité et il convient toujours de l’utiliser pour son usage premier afin de limiter l’usure et la fatigue de votre connecteur.
Il s’agira de contrôler également la compatibilité du connecteur avec l’appareil ou l’ancrage connecté :
- Qu'il rentre bien dans l’œil de votre appareil.
- Qu'il tourne bien sans se bloquer.
- Si vous évaluez et qu’il y a des risques que le mousqueton se mette en travers, utilisez un accessoire pour qu’il conserve son axe et toute sa résistance.
Attention : ne connectez jamais un mousqueton aluminium sur un ancrage acier aux bords non-arrondis. En effet l’aluminium étant plus tendre que l’acier, l’ancrage risque de faire des marques sur l'aluminium.
Si ensuite, vous réutilisez cette même unité endommagée pour connecter une corde, la zone abimée risque de fragiliser la gaine de la corde, allant même jusqu’à la sectionner à cause des mouvements. Ensuite vos produits seront immédiatement réformés lors du contrôle règlementaire annuel
Mousqueton en D
C’est la forme la plus classique. Il est spécialisé pour supporter les charges, grâce à sa forme asymétrique qui lui permet de positionner automatiquement la charge dans l’axe du plus long côté du corps, celle qui est la plus résistante.
Il sera idéal, pour les ancrages des appareils à simple flasque, ou encore les longes mais il ne conviendra pas pour les appareils à double flasque écartée ou pour mettre plusieurs appareils.
Mousqueton poire
Sa forme large et généreuse est idéale pour accueillir plusieurs appareils.
Mousqueton ovale
Il est symétrique et les 2 côtés de son corps sont parallèles afin de pouvoir équilibrer les appareils à double flasque écartée.
C’est LE mousqueton poulie et pour tous les appareils double flasque écartée, par excellence.
Il n’est pas recommandé d’y connecter deux éléments à la fois.
Mousqueton à Grande Ouverture, ou MGO
Ils sont de grande taille et permettent la connexion directement sur les différentes structures, câbles, montants d’échafaudage ou encore de pylône.
Mousquetons omnidirectionnels et anneaux
Ils ont une forme adaptée afin de pouvoir supporter des charges dans plusieurs directions.
Les différents types de verrouillage :
Le verrouillage à vis
C’est la rotation manuelle d’une bague entre le corps et le doigt du mousqueton. Le déverrouillage se fait par rotation dans le sens inverse.
C’est le système historique de verrouillage qui, malheureusement, est long à mettre en place et peu fiable puisqu’il peut se dévisser par exemple à cause des vibrations lors d’une descente. Pour limiter ce phénomène, il faut toujours veiller à laisser l’ouverture en bas afin que la bague (virole) puisse descendre gravitairement et se visser lors des vibrations plutôt que se dévisser.
Il est réservé à un usage peu fréquent et non à la connexion du système antichute.
Le verrouillage double action
C’est le plus naturel car l’action de déverrouillage s’effectue d’un seul geste par simple retour automatique de la bague sur le doigt, le déverrouillage est également naturel, par simple rotation de la bague.
Le mousqueton double action est idéal pour un usage fréquent (bout de longe de progression par exemple) mais hélas ce verrouillage peut être facilement ouvrable s’il est en contact avec un obstacle en mouvement comme une corde, ou un appareil par exemple.
On évitera de l’utiliser pour connecter son système antichute et on préfèrera le système triple action.
Le verrouillage triple action ou automatique
Le mousqueton triple action est le plus sûr des 3 systèmes les plus utilisés.
Son système d’ouverture en 3 mouvements, suivi d’un verrouillage automatique du doigt sur le corps, le rend très difficile à être ouvert intempestivement. Il nécessite un apprentissage pour son ouverture, mais une fois le geste acquis, son usage est très conseillé. Il est obligatoire en élagage ou le mousqueton est principalement mobile avec un fort risque d’ouverture car relié à une corde ou une sangle etc…
Les autres types de verrouillage
Il existe d’autres systèmes de verrouillage, mais sont moins connus que les 3 précédents :
- Verrouillage à boule, qui est l’équivalent d’un triple action.
- Verrouillage avec une gâchette comme pour les MGO (Mousquetons à Grande Ouverture), c’est l’équivalent d’un double action.
- Verrouillage avec un outil, c’est souvent le cas pour les connecteurs semi-permanents comme les maillons rapides ou encore les anneaux ouvrables. Leur verrouillage et déverrouillage nécessitent un outil comme une clef plate ou allen.
Les différents types doigts de mousquetons :
Il existe 2 types de fermoirs ou doigts pour les connecteurs professionnels :
Les doigts avec un crochet et les doigts sans crochet dit « Key Lock ».
Traditionnellement, le doigt possède un crochet à l’extrémité du bec (ou nez) du mousqueton. Ce crochet servait à accrocher la barre à l’extrémité du doigt du mousqueton pour le renforcer et limiter l’ouverture de ce dernier sous charge. Hélas ce système sous forme d’hameçon accroche aussi les plaquettes d’ancrage, les sangles, les cordes, le rendant peu pratique et potentiellement dangereux …
Il a donc été développé un nouveau système d’accrochage du doigt sur le bec du mousqueton, plus lisse et sans crochet.
Ce système nommé « Key Lock » équipe dorénavant la très grande majorité des mousquetons et rend plus fluide les manœuvres de mousquetonnage et de démousquetonnage.
Comment reconnaître un système KEYLOCK ou NON KEYLOCK ?

Les accessoires de mousquetons
Les accessoires sont devenus indispensables pour maintenir les mousquetons dans leur axe optimal de travail et il suffit de lire sur le blog de L'équipeur la page commentaire pour s'en persuader.
Les mousquetons porte-matériels
Les mousquetons simples (sans verrouillage), issus de l'escalade et l'alpinisme pour réaliser son lot de dégaine (sans oublier qu'une dégaine peut exceptionnellement servir de longe d'assurage), sont proscrits pour assurer sa sécurité en travaux en hauteur.
Néanmoins, on peut quand même les utiliser pour y accrocher des outils, sacs, clés, sellette ou du matériel.
Ils peuvent être en aluminium ou en plastique pour porter le matériel uniquement.
Il est conseillé de n’utiliser que des mousquetons avec la charge maximum indiquée dessus, afin de ne pas avoir de mauvaises surprises si vous y accrochez des outils lourds dépassant la prescription !
Dans tous les cas, vos outils devront être attachés à votre harnais de sécurité via un leash.
Ne jamais oublier qu’il est parfaitement précisé dans le décret 924-2004 des travaux en hauteur qu’il est obligatoire d’attacher ses outils pour qu’ils ne puissent pas chuter. La règlementation stipule “Les outils et autres accessoires à utiliser par un travailleur sont attachés par un moyen approprié, de manière à éviter leur chute”.
Certains mousquetons en aluminium sans verrouillage considérés comme porte-matériel possèdent même une norme d'escalade et d'alpinisme (EN 12275) et d’excellentes résistances. Néanmoins, vous ne devez pas les utiliser pour la sécurité car la norme des connecteurs pour le travail est EN 362.
La norme EN 362:2004
Les différentes classes de connecteurs :
Classe B : Connecteur de base
Connecteur dont le doigt se ferme automatiquement. Il est utilisé principalement comme composant. Son verrouillage sera au choix manuel ou automatique.


Résistance grand axe doigt fermé et verrouillé : 20kN minimum
Résistance petit axe doigt fermé : 7 kN minimum
Classe M : Connecteur multi-usage
Connecteur de base ou maillon rapide. Il est utilisé principalement comme composant et doit être capable d’accepter la charge dans son grand axe (20kN) comme dans son petit axe (15kN).
Seuls les anneaux ou les mousquetons aciers peuvent répondre à ces contraintes

Résistance grand axe doigt fermé et verrouillé : 20kN minimum
Résistance petit axe doigt fermé : 15 kN
Classe T :
Connecteur dont le doigt se ferme automatiquement, il fait partie d’un sous ensemble qui permet l’orientation permanente de la charge vers une direction prédéterminée.

Résistance grand axe doigt fermé et verrouillé : 20kN minimum
Résistance petit axe doigt fermé : Non applicable
Classe A :
Connecteur dont le doigt se ferme automatiquement. Il est utilisé principalement comme composant et il permet de se connecter directement sur des ancrages comme les montants de pylône ou les poutres des structures métalliques.

Résistance grand axe doigt fermé et verrouillé : 20kN minimum
Résistance petit axe doigt fermé : Non applicable
Classe Q :
Connecteur type maillon rapide. Il est destiné à un usage semi-permanent voir permanent. Il n’a pas de doigt automatique. Il se ferme et se verrouille en vissant. S’il est fixé à un autre connecteur il devient une partie portante de l’ensemble
Résistance grand axe doigt fermé et verrouillé : 25kN minimum
Résistance petit axe doigt fermé : 10 kN

Exigences de résistances de la norme EN 362
Résistance statique du grand axe :
C’est la résistance minimum exigée par la norme entre les 2 parties du corps les plus éloignées du mousqueton.
Comment est mesurée la résistance grand axe ?
On positionne entre les 2 parties du corps du mousqueton 2 tiges de 12mm de diamètre perpendiculairement au grand axe. Ce positionnement doit être naturel lors de la mise sous charge. On pourra enduire les parties en friction avec de la graisse pour faciliter la mise en place.
On maintiendra la charge minimum exigée au moins 3mn. A l’issu le doigt devra rester fermé.
La résistance minimum exigée dépendra de la classe du mousqueton (voir la classe concernée).
Résistance statique du petit axe :
C’est la résistance minimum exigée par la norme entre les 2 parties du corps les moins éloignées du mousqueton.
Comment est mesurée la résistance petit axe ?
On positionne entre les 2 parties du corps du mousqueton 2 tiges de 10 mm de diamètre perpendiculairement au petit axe. Pour aider à maintenir les tiges en position pendant la mise en charge, 2 petites encoches pourront être faites de part et d’autre du connecteur.
On maintiendra la charge minimum exigée au moins 3mn. A l’issu le doigt devra rester fermé.
La résistance minimum exigée dépendra de la classe du mousqueton (voir la classe concernée)
Résistance statique frontale du doigt fermoir :
C’est la résistance minimum exigée par la norme lorsqu’une pression est exercée perpendiculairement au sens d’ouverture du fermoir et de son système de verrouillage (à l’exception de la classe Q)
Comment est mesurée la résistance frontale du système de verrouillage du fermoir ?
On positionne la charge à l’extrême opposé de la charnière du doigt du mousqueton perpendiculairement à son ouverture, puis on exerce une force de 1kN pendant 90 secondes. A l’issu de l’essai, le fermoir ne doit s’être écarté de plus de 1mm. Le doigt et son système de verrouillage doivent toujours fonctionner après le test
Résistance statique transversale du doigt fermoir :
C’est la résistance minimum exigée par la norme lorsqu’une pression est exercée latéralement au sens d’ouverture du fermoir et de son système de verrouillage
Comment est mesurée la résistance transversale du système de verrouillage du fermoir ?
On positionne la charge à l’extrême opposé de la charnière du doigt du mousqueton latéralement à son ouverture, puis on exerce une force de 1.5kN pendant 60 secondes. A l’issu de l’essai, le fermoir ne doit montrer aucun signe de fissure ni rupture. Le doigt et son système de verrouillage doivent toujours fonctionner après le test
Marquages obligatoires de la norme EN 362 :
- Le numéro de la norme et son année de publication : EN 362 : 2004
- La classe du connecteur : EN 362 :2004/A par exemple
- Le nom du modèle
- Si le fabricant indique les résistances, ce doit être en nombre entier, en kN et en position fermée et verrouillée.
ATTENTION : le résumé de cette norme ne contient pas tous les détails de la norme.
C’est une simplification des principaux essais et exigences de la norme.
Pour plus de précisions et informations consultez la norme directement auprès de l’AFNOR.